Pistes de réflexion

Tux en autonomie

Le fonctionnement en autonomie est la piste la plus intéressante pour développer la dimension affective de Tux le pingouin. Par autonomie, nous entendons : couper Tux de tout lien visible avec l'ordinateur afin de créer, à terme, l'illusion qu'il soit « vivant ».

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Est-il vivant ?


Le premier test en autonomie fut pourtant un échec : toujours à Exposciences, nous faisions exécuter une série de gestes à Tux, ce en boucle, et sans aucune liaison apparente avec l'ordinateur. Les enfants se sont vaguement intéressés à ce pingouin turbulent. Ils ont maintes fois tenté de le faire réagir en appuyant dessus ou en s'approchant de lui, voire en lui parlant. Mais le pingouin demeurait sourd à leur appel. Il est probable que les enfants ont essayé d'éprouver l' « intelligence » de Tux.

Pour expliquer cette notion d' « intelligence » de Tux, revenons à notre curieuse expérience, où les enfants prennent le contrôle de l'ordinateur via le pingouin. (Rappel : un rectangle de couleur est affiché sur l'écran. En appuyant sur l'aile gauche, on parcours une liste de couleur. Tux prononce le nom de la couleur sélectionnée. En appuyant sur sa tête, on fait apparaître la couleur correspondante sur l'écran).

Dans cette expérience, Tux peut prononcer le nom des couleurs sans aucune aide visible de l'ordinateur. Mais le fait de pouvoir dire le nom d'une couleur laisse croire que Tux peut se la représenter. Or, la faculté de représentation mentale est la marque d'une forme de pensée. Tux semblerait alors vivant. À la différence de la première expérience en autonomie, où il se contente de bouger, Tux fait mine de penser dans cette seconde expérience.

L'intérêt des enfants pour un « Tux pensant » est loin d'être unique. Selon Sherry Turkle, professeur au département Sciences, technologie et société du MIT, « Les enfants d’aujourd’hui apprennent à faire la distinction entre être vivant comme un Furby (note: Furby est un robot zoomorphe comparable à notre Tux) et être vivant comme un animal». Le professeur prend l'exemple d'une fille de 9 ans décrivant le robot Furby comme un être vivant à part entière.

On observe un phénomène analogue avec l'aspirateur Roomba. Cet aspirateur autonome se balade tranquillement dans une maison à la recherche des poussières les plus tenaces. Ce qui est étrange, c'est que les utilisateurs de Roombas lui donnent souvent un sexe et un nom; d'aucuns lui attribuent même un comportement, bien que cet aspirateur n'ait visiblement rien d'humain. Cependant, puisqu'il nettoie la maison de façon autonome, les utilisateurs peuvent attribuer une forme de représentation mentale à leur aspirateur. Aux yeux des humains, le robot peut feindre de développer une forme de pensée.


Ces considérations soulèvent plusieurs questions, quant à la représentation que les enfants se font de notre petit pingouin, par exemple :

  • Tux perdrait-il de l'intérêt s'il ne prononçait pas le nom des couleurs avant de les afficher ?
  • Obtiendrions-nous le même intérêt pour une télécommande que pour Tux le pingouin ?
  • Si l'on privait Tux de son autonomie en le connectant ouvertement à l'ordinateur, l'engouement des enfants pour notre pingouin serait-il le même ?
  • Les enfants considèrent-ils vraiment Tux comme un être vivant, dès lors qu'il mime une représentation mentale ?

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